Créé il y a dix ans, PhotoCineLive est devenu un des spécialistes du tournage multicaméra en ARRI AMIRA et ALEXA MINI. Albrecht Gerlach, son fondateur et dirigeant, explique les dispositifs techniques complexes qu’il déploie sur les défilés de mode et qui peuvent mobiliser jusqu’à 18 caméras.

 

Comment avez-vous été amené à travailler sur les défilés de mode ?

Il y a cinq ans, les clients venaient juste louer nos caméras pour faire des captations de shows. Très vite, leurs besoins ont évolué vers une prestation plus complète. Ils voulaient des caméras mais aussi le personnel pour installer le matériel et gérer le workflow pendant le show. Nous nous sommes adaptés à cette demande en leur offrant de plus en plus de services. Ce qui nous a amené à créer en 2015 PhotoCineLive, notre division centrée sur la prestation clé en main. Aujourd’hui nous intervenons sur 20 à 30 défilés et concerts par an, que ce soit avec du matériel ARRI ou d’autres fabricants.

Pourquoi utiliser des ARRI AMIRA en multicam sur les défilés haute couture ?

C’est une volonté de la part de nos clients d’avoir une image ARRI. Ils sont habitués à tourner leurs publicités et leurs films promotionnels en ALEXA. Ils veulent la même qualité, le même look, sur leurs défilés qui sont un élément central de leur communication. Depuis trois ans, nous utilisons l’AMIRA parce qu’elle a le même capteur que la ALEXA MINI et pratiquement les mêmes fonctionnalités. En fait, on mélange souvent les deux produits sur un défilé. Les caméras sur pied, équipées de grandes focales, sont des AMIRA, tandis que les ALEXA MINI sont utilisées sur grue, à l’épaule ou sur Steadicam.

Combien de caméras utilisez-vous normalement sur un défilé ?

Pour les très grands défilés, cela peut monter jusqu’à 18 caméras. Chez PhotoCineRent nous sommes suffisamment bien équipés pour répondre à ce genre de projet. Mais la moyenne des shows c’est plutôt entre 8 et 10 caméras. Pour les objectifs, les productions demandent systématiquement à travailler avec des optiques cinéma, comme les zooms Angénieux qui ne sont pas motorisés. On rajoute tout un dispositif de motorisation, via un accessoire fabriqué par CMotion. L’idée c’est de transformer des caméras cinéma pour les adapter à l’environnement du plateau et obtenir le meilleur des deux mondes.

Vous fournissez le réalisateur ?

Très rarement. Nous apportons le matériel et les techniciens qui installent la régie, les caméras et qui vont tout câbler. Habituellement, c’est la production qui vient avec ses cadreurs et son réalisateur. Il y a aussi un ingénieur vision, qui est un poste important. Il pilote toutes les caméras à distance pour créer une homogénéité de l’image ; il ajuste le diaph, la couleur ou ajoute un filtre ND à distance. Nous intervenons aussi parfois à l’étranger, à Londres ou en Italie. Récemment, nous avons fait le défilé COS du groupe H&M à Florence. Nous travaillons régulièrement avec eux en Europe.

Comment sont reliées les AMIRA et les ALEXA MINI avec la régie ?

Nous déployons le système de fibre optique Ereca et Multidyne entre les caméras et la régie. Toute la partie télécommande des AMIRA passe par la fibre : la vidéo, l’audio, l’énergie, le time code, les data et le genlock. On utilise de la HF avec les ALEXA MINI embarquées sur Steadicam ou Cablecam parce que nous n’avons pas d’autre choix. Mais on évite le plus possible la HF parce qu’en live il y a des signaux dans tous les sens et des risques d’interférences.

Quelles régies utilisez-vous ?

Nous fournissons nos propres régies dans des flight case. Elle sont relativement compactes et peuvent gérer jusqu’à une douzaine de caméras. Nous pouvons aussi nous interconnecter par fibre avec les cars régie de prestataires broadcast, avec qui nous travaillons régulièrement sur les grands défilés.

Quelle est la plus grosse difficulté sur ce type de projets ?

Ce sont les contraintes du live. Un défilé dure en moyenne 10 mm et il y a souvent un streaming en direct. Il faut donc que tout soit parfait. Nous mettons en place beaucoup de redondances, de « spares », prêt à prendre le relais en cas de défaillance. C’est assez rare que l’on ait un problème avec une caméra ARRI. Mais si quelque chose se passe, tout doit être prêt. On n’a pas le droit à l’erreur.

Quelles sont les prochaines évolutions à venir sur le multicam ?

Nos clients sont très exigeants. Ils cherchent toujours à se différencier. Le futur défi, c’est la captation en HDR ou même en anamorphique. Ce que veulent les producteurs, c’est un vrai look cinématographique.

PhotoCineRent s’est beaucoup développé depuis dix ans. Qu’est-ce qui fait votre force ?

Nous sommes dédiés aux caméras grands capteurs. C’est très pointu. Nous essayons d’être réactifs à la demande du marché en s’équipant des caméras les plus récentes. Notre force est aussi d’être présents à la fois sur la location, la prestation et la vente. Et puis, nous sommes au centre de Paris, ce qui est un avantage pour beaucoup de nos clients. Nous sommes d’ailleurs en train de nous agrandir. Fin juillet 2018, nous passerons de 500 à 1200 m2. Nos clients et nos techniciens vont pouvoir travailler dans les meilleures conditions. Nous allons notamment leur proposer une toute nouvelle zone de bancs d’essais.