Le directeur de la photographie George Lechaptois nous parle de son expérience de tournage avec le système de caméra ALEXA 65 d’ARRI Rental sur le nouveau film de Rebecca Zlotowski, dont l’action se passe à Paris, dans les années 1930.

Pourquoi avez-vous choisi l’ALEXA 65 pour ce film ?

J’ai testé plusieurs caméras et formats. Dans un premier temps, je voulais tourner en 35 mm anamorphique, mais Rebecca ne voulait pas aller dans cette direction pour un film d’époque. Elle voulait quelque chose de plus moderne. J’ai alors suggéré le numérique, mais cela n’était pas encore assez nouveau aux yeux de Rebecca. Lorsque l’ALEXA 65 est sortie, Rebecca m’a envoyé un texto pour me dire que nous devrions peut-être l’essayer. Nous avons effectué un essai très court, d’une journée, et nous l’avons comparé avec nos essais précédents. Tout le monde a aimé l’ALEXA 65 et c’est très rapidement devenu une évidence qu’il s’agissait de la meilleure caméra pour notre film. Bien sûr, le système n’est pas très économique, mais, pour nous, il était vraiment important de disposer d’un rendu très particulier et l’ALEXA 65 nous offrait une qualité d’image unique.

Comment décririez-vous le rendu image que vous recherchiez ?

Pour ce film, Rebecca et moi, nous recherchions un rendu image très moderne. L’une de nos références était Les Chaussons rouges de Michael Powell, un film du début du Technicolor, très moderne pour son époque. Rebecca ne voulait pas utiliser des flares ni de la diffusion. Elle voulait que la couleur du film soit chaude. L’ALEXA vous offre un ressenti très différent. Lors de nos précédentes collaborations, nous avons beaucoup filmé en gros plan. Pour ce film, le producteur nous a donné la consigne « Soyez larges ». Nous avons donc réalisé de magnifiques plans larges. Il fallait par conséquent être très prudent et chaque département devait être très attentif aux détails. On voit tout !

planetarium_1

Comment avez-vous trouvé le travail avec l’ALEXA 65 sur le plateau ?

J’avais déjà travaillé avec une ALEXA et l’ALEXA 65 partage le même menu. J’étais très à l’aise, car je travaillais d’une manière similaire. La principale différence se trouve dans la taille de la caméra. La durée de la pré-production était très courte, mais tout a très bien fonctionné. Avec une caméra grand format comme celle-ci, vous pouvez rencontrer des problèmes de stroboscopie lorsque vous effectuez des panoramiques. Nous avons appris à ne pas réaliser des panoramiques en gros plan. En règle générale, un grand capteur donne un aspect plus cinématographique à l’image numérique. Et c’est probablement l’un des meilleurs atouts de cette caméra. J’ai toujours préféré le film 35 mm, mais l’ALEXA 65 nous a permis d’explorer de nombreuses possibilités et j’étais très heureux de travailler avec cette caméra. Les seules optiques disponibles lorsque nous avons filmé avec l’ALEXA 65 n’avaient pas toutes la même ouverture maximum, ce qui impliquait que je devais éclairer pour le diaphragme le plus fermé. Et avec l’ALEXA 65, il est préférable de travailler avec une grande profondeur de champ, car la mise au point peut être très difficile. Mais notre pointeur était très bon, et nous n’avons jamais rencontré le moindre souci. Travailler avec des diaphragmes plus fermés a été parfois un véritable défi, surtout pour les plans entre chien et loup, mais en post-production, j’ai réussi à pousser un peu les choses.

Voir la bande annonce:ici 

Comment s’est passée la post-production ?

J’ai trouvé que nous avions beaucoup de possibilités en post-production et c’était très agréable. Pour le workflow, nous avions deux Vault, l’un sur le plateau et l’autre au laboratoire numérique. Aucun de nous n’avait vraiment d’expérience avec le Vault, mais son utilisation était vraiment très simple. Les images que nous avons retrouvées en post-production contenaient énormément d’information. Nous avons pu réaliser tous les ajustements dont nous avions besoin pour obtenir l’image que nous voulions. La grande latitude d’exposition de la caméra nous a permis d’éclaircir ou d’assombrir l’image et grâce à l’excellente palette chromatique nous avons pu augmenter ou réduire la saturation. Nous n’avons eu que dix jours d’étalonnage, ce qui est vraiment court, mais l’image de l’ALEXA nous a facilité la tâche et surtout elle nous a permis d’obtenir le résultat que nous recherchions en si peu de temps. Un autre avantage de l’ALEXA 65 est sa résolution. Cette résolution nous a permis de recadrer l’image lorsque nous en avions besoin. Nous avons beaucoup zoomé dans l’image pendant la post-production alors que nous n’avions pas de zoom pendant le tournage. Il nous est arrivé d’oublier de filmer un gros plan sur le plateau. Et grâce à l’excellente qualité de l’image et à sa résolution, nous avons été en mesure de le créer en recadrant l’image.

 

planetarium_2

 

 Quels sont les plans ou les séquences que vous préférez dans le film ?

Il y a une séquence, avec Natalie Portman, où son personnage, une comédienne, passe un casting. Nous la suivons dans le studio jusqu’à ce qu’elle rejoigne le réalisateur qui se tient aux côtés de son équipe et d’une caméra Mitchell. Le clap est fait et nous suivons le deuxième assistant caméra avant de nous retourner pour voir un reflet de Natalie Portman sur le parasoleil. Lorsqu’elle commence à parler, nous nous avançons vers le cadreur et notre caméra se retourne pour finir sur un plan de Natalie Portman à travers le viseur de la caméra de jeu. Nous avons réalisé ce plan sans aucun trucage. Comme nous n’avions pas d’objectif macro, j’ai placé une dioptrie supplémentaire à l’intérieur du viseur de la Mitchell pour nous aider à faire la mise au point. Ce plan ne nous a pas pris trop de temps. Nous avons fait 10 prises maximum, et nous nous sommes beaucoup amusés à le faire. Sur ce film, j’ai utilisé beaucoup de vieux appareils et de la technologie ancienne, comme des miroirs, des grues, des sources de lumière et même un vieux projecteur. Je me suis beaucoup amusé.

planetarium_3