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Rupert Sanders a démarré sa carrière avec panache en 2012 avec à son film Blanche-neige et le Chasseur, à l’élégance visuelle très remarquée. Le premier long métrage de Rupert Sanders a été photographié par Greig Fraser, ASC, BSC, qui a beaucoup utilisé la pellicule pour ce projet, y compris un grand nombre de séquences tournées en 65 mm. Pour son deuxième long métrage, Ghost in the Shell, Rupert Sanders a fait appel au directeur de la photographie Jess Hall BSC, dont la filmographie comprend de nombreux films à l’image très particulière et tournés en pellicule. Parmi eux, Transcendance, The Spectacular Now, et Retour à Brideshead. Mais pour ce film, l’approche de Rupert Sanders et de Jess Hall a combiné des caméras numériques de grand format, des optiques très particulières et un contrôle très poussé des couleurs.

Le film Ghost in the Shell, dans lequel Scarlett Johansson joue le rôle de Major est inspiré du manga japonais homonyme et de renommée internationale. Le personnage de Major est une première en son genre, un cyber-soldat conçu pour arrêter les pires criminels et terroristes. Être humain à l’origine, Major tentera, tout au long du film, de récupérer son passé et de savoir qui l’a transformée. Sa quête vise également à empêcher à tout prix que son expérience se reproduise. Le tournage s’est déroulé en grande partie à Hong Kong et dans les studios Stone Street de Wellington, en Nouvelle Zélande.

« Nous recherchions une image qui rende hommage à la qualité visuelle du manga, mais il était important que cette image fonctionne également pour ce que nous faisions, un film », explique Jess Hall. « Le grand format est arrivé suite à notre désir d’obtenir quelque chose de subtil et de suffisamment sophistiqué, capable de rivaliser avec la pellicule en termes de reproduction des couleurs et de résolution spatiale et qui fonctionne également sur tous les supports de distribution. »

Pour Jess Hall, la couleur, la patine et la texture des images d’origine ressemblaient à de l’aquarelle. Le chef opérateur a exercé un contrôle sans précédent sur la couleur. Il a notamment travaillé avec des fabricants d’éclairages pour développer des sources spéciales et il a « étalonné » le film sur le plateau en modifiant la colorimétrie des sources LED. Il a également travaillé en étroite collaboration avec Panavision pour adapter les objectifs Sphero 65.

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« Dans le manga, il existe une certaine qualité picturale et les hautes lumières présentent une sorte de halo », explique-t-il. « En même temps, j’avais besoin d’une très grande ouverture et d’objectifs de haute performance. Nous avions prévu de tourner à Hong Kong la nuit, en nous reposant sur les éclairages de la rue. Il était également très important pour nous de pouvoir disposer d’un rendu des perspectives correct, plat et sans distorsion avec un champ de vision large. J’ai demandé à Dan Sasaki de Panavision de fabriquer un 29 mm qui couvre le format 65 mm. Cet objectif, unique au monde, est devenu notre cheval de bataille.

Sur une caméra grand format, un 29 mm serait plus ou moins l’équivalent d’un 19 mm en 35 mm. L’ALEXA 65 a été réglée pour enregistrer des données à un taux proche du 5K, ce qui leur a permis d’économiser près d’un tiers de la gestion des données et des coûts associés.

« Au départ, nous ne pensions tourner que quelques séquences en 65, mais lorsque nous avons commencé les essais, nous voulions tourner 90 % du film avec cette caméra », déclare Jess Hall. « Mon idée était de tourner le film dans le mode 65 5-perf, qui enregistre une image en 1:1.78. Au départ, je voulais cadrer en 1.85, car le manga était dans ce format, et Hong Kong est une ville très verticale. Lors des essais, le 1.85 s’est révélé être le format qui nous donnait l’image la plus puissante. Et en termes de coûts, le 1.85 était beaucoup plus abordable que le 5-perf. »

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Cette approche limitait le cadre en haut et en bas, mais Jess Hall savait qu’il pouvait contrôler le cadre avec précision. Le grand format et la richesse de l’image s’adaptaient très bien au désir des cinéastes de tourner des plans longs et plus classiques où le regard pouvait s’installer. « Le danger avec des images trop définies est que vous commencez à voir des choses que vous n’avez pas envie de voir, » explique Jess Hall. « C’est là où les bonnes optiques font toute la différence et permettent des images plus esthétiques. »

Le film Ghost in the Shell avait, à un certain moment du tournage, plus d’ALEXA 65 qu’aucune autre production. Deux ALEXA Mini, sur rig, avec des optiques légèrement différentes ont été utilisées à certaines occasions pour créer un point de vue cybernétique grâce aux changements subtils de perspective.

Jess Hall et son équipe ont utilisé le Codex Vault pour rationaliser et sécuriser la gestion des données. Les disques durs Capture Drive 512 Go et 2 To de Codex allaient de la caméra au Vault pour vérification. Les données étaient ensuite envoyées via une fibre optique privée vers la société de postproduction Park Road Post où se trouvait l’étalonneur Jon Newell.

Pour le DIT Michael Urban, les choses se sont très bien déroulées, en vue du taux élevé de données. « Lorsque vous filmez en 5K avec une ALEXA 65, vous avez une heure de rushes sur un disque dur de 2 To, » explique Michael Urban. « En moyenne, nous faisions environ deux heures de rushes par jour, c’est-à-dire 4 To, ce qui est énorme. La société Park Road a conçu le workflow de manière à pouvoir traiter ce volume de données. Si la caméra était rechargée avant 14 h, il était possible d’envoyer les images à travers la fibre optique et de les visionner le soir, si besoin était. »

Pour minimiser les variables, une seule LUT a été utilisée pour regarder les images sur le poste du DIT ainsi que sur tout le workflow. La LUT a été conçue par Yvan Lucas, en collaboration avec Jess Hall dans les locaux de SHED, à Los Angeles. Michael Urban a créé une base de données en ligne de manière à garantir la cohérence entre tous les collaborateurs distants. « Sur le plateau et tout au long du tournage, nous avons créé jusqu’à cinq CDL lorsque nous voulions modifier un peu la colorimétrie, » explique Michael Urban. « J’ai utilisé deux écrans Sony OLED de 25″ en tant que moniteurs principaux, et nous les avons étalonnés, avec l’aide de Park Road, pour voir les images dans l’espace colorimétrique P3. De cette manière, ce que Jess voyait sur le plateau correspondrait exactement à ce qu’il verrait en projection chez Park Road. »

L’entreprise de Michael Urban, The Rebel Fleet, a fourni des roulantes DIT pour la première et la deuxième caméra et elles comprenaient les boîtiers Fuji IS-Lini LUT, les logiciels Live Grade et Resolve pour réaliser des captures d’écran, un pupitre Tangent Devices Element et des routeurs AJA.

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« CODEX EST CONÇU POUR GÉRER BEAUCOUP DE DONNÉES »

Michael Urban souligne que, pour voir les images de l’ALEXA 65, les données doivent être traitées par le Vault. « Codex est conçu pour gérer beaucoup de données, » précise-t-il. « Nous avons pu compter sur le soutien local de Codex, à Wellington grâce aux deux représentants Codex sur place. Pouvoir disposer du soutien de Codex à Wellington, à LA et à Londres, nous assurait une prise en charge 24 heures sur 24. Ils pouvaient ainsi envoyer du matériel ou nous apporter leur aide en cas de besoin. Codex a été très réactif et ils n’ont pas lésiné sur les efforts pour nous assurer un service de qualité.

Tourner avec l’ALEXA 65 a été une révélation pour Michael Urban. « C’était formidable de comprendre pleinement les avantages de la caméra et de la prise de vues en grand format, » déclare-t-il. « Avoir un si grand nombre de pixels signifie que le niveau de bruit est extrêmement réduit lors du passage d’une résolution 5K au 2K des projecteurs. Jess a utilisé la caméra à 800 EI mais nous savions que nous pouvions monter jusqu’à 1000 EI ou 1280EI sans le moindre bruit dans l’image. Sur les rushes, ce bruit n’est pas toujours visible. D’après mon expérience, même lorsque l’on tourne en ARRIRAW sur une XT, on doit être attentif à la montée du bruit à cause des EI ou des séquences en basses lumières. Les performances de l’ALEXA 65 en basses lumières sont inégalées. »

La sortie par Dreamworks du film Ghost in the Shell est prévue à la fin du mois de mars 2017.