« Night Fare » est le 4ème long métrage du réalisateur et producteur français Julien Seri (Yamakazi, Les Fils du Vent, Scorpion) qui a fait ses premières armes dans la publicité. Avec un budget inférieur à un million d’euro et une équipe réduite, « Night Fare » est un film autofinancé. Produit par certains des amis du réalisateur et différents producteurs sur des fonds privés. Bénéficiant du soutien financier de fans du travail de Julien, notamment via la plateforme participative Ulule, « Night Fare » est une aventure humaine rendue possible grâce à la passion d’une équipe soudée. Le long métrage a été photographié par Jacques Ballard qui a éclairé de nombreux films publicitaires de prestige.

RETOUR D’EXPERIENCE

Nous avons utilisé la caméra ARRI ALEXA XT et les optiques Master Prime Anamorphics grâce au conseil de mon ami Matias Boucard, directeur de la photo, et François Vigon, 1er assistant caméra, le matériel provenant de Camera Set. Nous avons également été aidé par Vantage Paris avec des zooms supplémentaires.

Nous disposions de seulement 21 jours pour tourner ce film dont 80% de l’intrigue se déroule de nuit dans la banlieue de Paris, à Guyancourt et Saint-Quentin en Yvelines. Ces villes sont désertées au mois d’août et les nuits restent froides et courtes malgré la saison.

Nous devions principalement travailler avec les lumières de la ville : un mixte de sources sodium, mercure, néon et LED. La plupart du temps, nous disposions de seulement 8 lux pour tourner.

Nous n’avions pas d’autre choix que de nous adapter aux différentes contraintes de lumière afin de créer le rendu final du film et mener à bien ce projet. Tous les départements du film y contribuaient. Nous n’avions que deux semaines de préparation et une grande partie d’improvisation était nécessaire. Julien Seri devait tenir compte de tous ces paramètres. À chaque instant, il réussissait à maintenir l’attention de l’équipe, en dépit d’un tournage extrêmement rude !

Nous avons principalement filmé en extérieur. Durant le mois d’août, la température moyenne atteignait les 7°C, avec parfois de la pluie et des nuits très courtes. Julien tournait rarement plus de deux prises, tous les plans étaient conservés pour le montage final ! Nous avons travaillé très rapidement. Le matériel tenait dans deux petites camionnettes, la caméra et ses accessoires dans des sacs ou sur un chariot caméra.

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Nous avions besoin d’un outil extrêmement sensible et fiable, produisant des images nettes au look « naturel » malgré un éclairage urbain faible. Nous avons testé la caméra RED Dragon et la ARRI ALEXA (Raw et ProRes 4444) avec les optiques ARRI Master Prime sur un personnage vêtu de cuire noir, éclairé par des sources sodium extérieures. Ensuite, avec Arthur Paux (DIT et étalonneur), nous avons étalonné une séquence sur station Da Vinci Resolve. Résultat : il n’a pas fallu plus de 10 minutes avec l’ALEXA pour trouver le look que nous recherchions, et 45 minutes avec la caméra RED ! Une chose nous est apparue évidente avec l’ArriRaw (beaucoup plus net que le ProRes 4444) : nous étions déjà en présence d’un film de cinéma ! Les plans tournés en RED étaient tout simplement moins excitants, plus verts et sombres, avec davantage de dureté. De plus, impossible de consacrer autant de temps à étalonner les images RED. Grâce à ces comparatifs, nous étions en mesure de faire notre rapport à Julien quant à la palette des possibles : un rendu granuleux terne avec de forts contrastes, des noirs riches et profonds, quelques couleurs naturelles saturées choisies avec attention : monochrome « sépia » pour la banlieue (avec les lumières extérieures au sodium), un désert urbain isolé et effrayant sans horizon, sans couleur ni espoir. Le personnage du taxi était associé visuellement au dispositif lumineux de son toit : Rouge et Vert, couleurs effrayantes, dures et opposées, symbole de son compteur mais aussi de son état d’esprit. La lumière froide du néon nous entraine dans le passé des personnages, symbole de justice – et le bleu, la couleur de l’amour, entoure le personnage interprété par Fanny Valette. Seule la caméra ALEXA a permis de mettre en valeur les subtiles nuances des couleurs présentes naturellement au tournage. Les autre tons ont été facilement atténuées ou modifiées durant l’étalonnage grâce à la netteté et à la latitude des fichiers ArriRaw.

Nous avons tourné toutes les images à une sensibilité minimum de 1600 ISO et certains plans à 3200 ISO. J’ai apprécié la façon dont la saturation de l’image apparaît à des niveaux élevés de sensibilité : très peu de perte de netteté et un « grain » intéressant que nous avons tous apprécié.

Information pratique : nous avons passé plus de temps en test avec la lumière naturelle de la ville que si nous avions ajouté de l’éclairage pour le film.

ALEXA + MASTER PRIME, DUO GAGNANT

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Difficile d’imaginer comment finaliser le tournage sans l’association de la caméra ALEXA ArriRaw et des Master Primes avec nos conditions de production !

Il me fallait une caméra qui démarre rapidement, prête à tourner à tout moment et sur laquelle je puisse compter (nous n’avons eu AUCUNS problèmes durant le tournage). Elle devait pouvoir se fixer rapidement sur un Steadicam (Sébastien Leclerc était notre steadicamer) et s’utiliser à l’épaule ou à la main. Une douzaine de plans seulement ont été tournés sur pieds ! La première assistante caméra, Maryline Touret, a constitué une équipe prête à affronter n’importe quelle situation. Elle se chargeait de la mise au point avec le système de contrôle optique sans fil ARRI WCU-4. La plupart du temps, elle n’avait pas besoin de répéter l’opération et n’utilisait pas de marques de mise au point. Presque toutes les scènes ont été filmées de nuit à T2.0 (certaines a pleine ouverture). Je ne sais toujours pas comment Maryline a réussi à conserver son sourire tout au long du tournage !

Mon gaffer Michel Foropon et moi-même devions utiliser une lumière qui corresponde à un éclairage urbain. Nous disposions de deux lampes à sodium de 2 x 400W, de panneaux LED « made in China » et de lampes torches tactiles Fenix à LED. Grâce à la sensibilité de l’ALEXA, les lampes torches Fenix LED RC40 ont suffi à éclairer les immeubles de 50 étages, dans le quartier de La Défense, ainsi qu’un bureau très sombre d’un building voisin ! Tous les membres de l’équipe ont été bluffés par cette astuce. Nous avons également utilisé pour réfléchir la lumière une feuille de papier ou un mur avec une lampe de poche LED PD35 Fenix afin de créer une lumière d’ambiance. Nous avions aussi des projecteurs HMI ARRI M18 et ARRI M40, un Joker-Bug 800 de K5600, deux panneaux LED Bi-Color 1×1 Lipanels, ainsi qu’un duo de mandarines tungstem 800W et des blondes 2K. C’est à peu prêt tout…

Sur le plateau, Arthur Paux (DIT/Coloriste) devait effectuer quatre trajets par jour en courant, parfois avec sa moto pour traverser les villes désertes (nous nous déplacions très rapidement de lieu en lieu à pieds !) afin de transférer les cartes Codex dans une petite camionnette ; ou dans un « bureau de production » improvisé avec un périphérique Codex connecté à son Mac Pro. Nous avions une licence Silverstack de 30 jours pour la sauvegarde, le contrôle et les rapports de datas. Arthur Paux pré-étalonnait les plans et m’envoyait les images sur mon iPad. J’utilisais l’application ICPro pour lui retourner mes commentaires.

Quant à Julien, le réalisateur, il ne disposait pas assez de temps pour contrôler l’étalonnage. Il me faisait confiance ainsi qu’au monteur pour lui faire part de nos impressions. Nous n’avions pas d’autre choix que de « courir » après le temps !. Les rushes étaient convertis sur le plateau en fichiers DNX pré-étalonnés. Le montage réalisé sur Avid chez Reepost à Paris. Nous avons testé toutes sortes de rendus visuels pendant trois semaines, alors que le montage arrivait à son terme. Arthur Paux a utilisé son propre ordinateur et le logiciel Da Vinci Resolve afin d’éviter de dépasser le budget. L’étalonnage et la conformation du film ont duré 2 semaines dans les locaux de Reepost.

En visionnant le premier montage, le réalisateur a ressenti le besoin de compléter le film avec quatre jours de tournage supplémentaires. Les plans de la « prison » ont été filmés avec la caméra Red Dragon et les nouvelles optiques Arri Master Anamorphics. L’image obtenue sur grand écran était superbe. La netteté et la faible profondeur de champ ont largement mis en valeur la performance des acteurs (Jess Liaudin et Jonathan Demurger) dans ce lieu confiné de la prison.

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Les autres scènes ont été tournées avec l’ALEXA et les Master Anamorphics dans les mêmes conditions que le tournage principal (mais avec encore moins d’argent et de nourriture !). Quel étonnement de pouvoir filmer en anamorphique de la même façon qu’en sphérique avec un soupçon de magie en plus…

« Night Fare » est sorti le 13 janvier 2016 en France sur un nombre réduit de salles et 30 copies. Il a néanmoins été vendu dans plus de 20 pays et remporté plusieurs prix dans divers festivals à travers le monde.

Je suis heureux que des films fragiles, tels que « Night Fare », puissent en premier toucher leur public dans une salle de cinéma, avant de se propager sur les écrans d’ordinateur et de télévision. Ce film n’aurait pas pu exister sans le dévouement de tous ses participants, mais également sans la fiabilité, la sensibilité et la versatilité de la caméra ARRI ALEXA.