TOURNER LIVE BY NIGHT

Traditionnellement, l’étalonnage des rushes est une activité simple, réalisée souvent à l’aide de LUTs et de légers réglages des lumières de tirage sur base d’une CDL qui permettent d’obtenir une approximation du rendu souhaité et réalisable. C’est généralement une étape accomplie rapidement afin de pouvoir livrer les images le plus vite possible à toutes les personnes concernées. L’étalonnage plus poussé des couleurs est une étape réalisée pour l’intermédiaire numérique. Cependant, certains directeurs de la photographie et sociétés de post-production sont en train d’inverser cette vérité.

Yvan Lucas, fondateur et étalonneur senior chez SHED à Santa Monica (shed.la), aux États-Unis, a travaillé sur le film Live by Night dès le départ, en collaboration directe avec le chef opérateur, plusieurs fois oscarisé, Bob Richardson, ASC. Leur coopération pour créer le look du film a démarré avant même que le tournage n’ait commencé. Live by Night est l’un des premiers films a avoir été entièrement tourné avec la caméra ARRI ALEXA 65 avec l’enregistrement, les médias et le workflow gérés par Codex. Réalisé par Ben Affleck et interprété par Ben et Zoe Saldana, Live by Night est un film de gangsters et malfrats pendant la période de la Prohibition. La participation d’Yvan Lucas s’est poursuivie tout au long du tournage. En collaboration avec son équipe et de Bob Richardson, il a supervisé l’étalonnage des rushes pour trouver la colorimétrie et le look désirés.

Pour Patrick Ready, producteur exécutif chez SHED, les rushes ressemblaient à un intermédiaire numérique entièrement étalonné. Des outils tels que la correction des secondaires ont été utilisés pour atteindre quasiment la version finale de chaque plan. Et bien que la tâche puisse paraître énorme alors que le montage attend les images, les bénéfices sont incomparables.

« Pendant la période réservée à l’étalonnage de l’intermédiaire numérique, tant Ben que Bob avaient tous les deux des plannings très chargés et il leur était impossible de passer des journées entières à superviser l’étalonnage », explique Patrick Ready.

« Le travail initial d’Yvan pour concevoir le look et le soin apporté à l’étalonnage des rushes nous a donné une longueur d’avance. Pour créer l’intermédiaire numérique, Yvan devait uniquement se concentrer sur la finalisation du look. Ben et Bob ne passaient à l’étalonnage que lorsqu’ils étaient disponibles pour revoir les images et apporter de légères modifications. »

Un autre avantage de ce travail préliminaire est que l’équipe et la production pouvaient voir un look très abouti dès le départ. Les rendus en sortie d’Avid étaient magnifiques et les bandes-annonces pouvaient utiliser l’étalonnage des rushes. De cette manière, chacun pouvait commencer à réfléchir aux possibles modifications qu’il serait nécessaire d’apporter à l’intermédiaire numérique. Ce processus très efficace s’est également traduit par un premier étalonnage de l’intermédiaire numérique qui a duré à peine deux semaines, permettant des finitions plus complexes et plus sophistiquées.

 

Et Lucas Yvan acquiesce, « Bob voulait vraiment que le look soit mis en œuvre pour les rushes. Nous y avons consacré du temps, certes, mais cela a permis à chacun de voir l’image que Bob et Ben avaient en tête. La couleur joue un rôle très important dans ce film. Plusieurs looks ont été utilisés suivant les décors. Les images de Boston ont un rendu similaire à celui d’un film sans blanchiment, avec des noirs profonds et riches. Les images de la Floride ressemblent fortement à des images Kodachrome, très colorées. La couleur est vraiment utilisée pour soutenir l’histoire. »

Sur le plateau, Arthur To était le DIT, et Natasha « Moneypenny » Mullan, la deuxième assistante caméra. Tous deux géraient la grande quantité de données issues de l’ALEXA 65. Arthur a travaillé avec l’équipe de SHED en amont pour s’assurer que les moniteurs soient étalonnés et fidèles à ce que Bob Richardson et Yvan Lucas voyaient dans la salle d’étalonnage.

La gestion des rushes était accélérée grâce à l’utilisation de disques de transfert Codex 8 To (maintenant disponibles en 16 To). Une copie des originaux de la caméra était réalisée sur le plateau sur un disque de transfert de 8 To qui servait de navette vers SHED, où les rushes étaient préparés. Dans l’ensemble, Live by Night est un excellent exemple d’un workflow simple et efficace qui permet la création de très belles images. Nous avons eu la chance de parler avec Bob Richardson ASC au sujet du film.

Pourquoi avez-vous décidé de filmer Live by Night avec l’ALEXA 65 ?

La décision de filmer en numérique était déjà pratiquement prise lorsque j’ai rencontré Ben. L’idée de départ était de filmer en anamorphique 35 mm et de tourner certains plans de nuit en numérique avec l’ALEXA. Lorsque l’ALEXA 65 nous a été proposée, j’ai demandé à la production l’autorisation de réaliser des essais. Accompagné de Trevor, l’assistant caméra, nous avons testé une série d’objectifs anamorphiques Panavision sur une caméra 35 mm et sur l’ALEXA. Nous avons également trouvé une série d’objectifs 65 mm qui me semblait bien restituer l’esprit de l’anamorphique. Nous avons filmé les mêmes images avec les trois caméras. Des visages, des sculptures ainsi que des tableaux dans une maison qui disposait de nombreux gadgets, mais de peu de lumières. Les essais ont été étalonnés par Yvan Lucas de manière à ce que les images des trois caméras soient le plus semblables possible. Il est, cependant, très difficile de masquer les différences. Lorsque nous avons vu les essais avec Ben, nous sommes tous tombés d’accord pour dire que l’ALEXA 65 était supérieure à l’ALEXA et qu’elle proposait une souplesse dans la salle d’étalonnage amplement supérieure à celle du 35 mm. Ben était quelque peu hésitant au départ, mais il s’est enfin décidé et nous avons tourné avec l’ALEXA 65.

codex

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le format 65 mm ?

J’adore la qualité de l’ALEXA 65, surtout lorsque vous utilisez de vieux objectifs. La sensibilité est extraordinaire, supérieure à ce qu’indique ARRI, à mon avis. Ils prétendent que sa sensibilité est de 1 000 ISO, mais je pense qu’elle atteint bien les 2 000 ISO. Tant en intérieur qu’en extérieur, cela change et va changer les méthodes d’éclairage.

Parlez-nous de votre démarche pour les rushes ?

Il me semble souhaitable que ce soit l’étalonneur final qui étalonne les rushes. Sur Live by Night, nous avons travaillé avec Yvan Lucas, de SHED, à Santa Monica. Ben Affleck avait déjà travaillé avec lui sur le film Argo et moi sur de nombreux projets. Yvan et moi, nous pensons que c’est pendant l’étalonnage des rushes que se construit petit à petit le look final du film. C’est définitivement la partie la plus créative de l’étalonnage. Pour nous trois, Ben, Yvan et moi, c’est, en tout cas, notre démarche.

Qu’en est-il de l’intermédiaire numérique ? Le travail réalisé pour les rushes vous a-t-il facilité la fabrication de l’intermédiaire numérique ?

Oui, en effet, le travail sur les rushes nous a énormément facilité la création de l’intermédiaire numérique et il nous a également permis de l’accélérer.

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Yvan Lucas et l’équipe de SHED ?

Yvan est un étalonneur extraordinaire, le meilleur à mon avis. Il a une grande sensibilité pour les films. Son œil est très affûté en matière de couleurs. C’est vraiment un maître et un excellent pédagogue.

Quelle importance accordez-vous au fait de disposer de médias fiables et de pouvoir se reposer sur un workflow efficace et sûr pour les rushes ?

Dans le monde numérique, sécurité et efficacité sont probablement les qualités absolues. Leur absence n’est pas envisageable. Et codex possède les deux.

 

Images courtoisie de leurs propriétaires respectifs.
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