Le thriller en langue anglaise DON’T GROW UP est la deuxième collaboration du directeur de la photographie Matias Boucard avec le réalisateur Thierry Poiraud, après le film GOAL OF THE DEAD. Les deux films ont été tournés avec l’ALEXA, mais pour DON’T GROW UP, Matias a choisi de travailler avec les optiques ARRI/ZEISS Master Anamorphiques. Tournée en seulement 26 jours dans les îles Canaries, la co-production franco-espagnole a privilégié le format ARRIRAW et ce malgré un budget assez serré, pour tirer le meilleur profit de la légèreté, de la compacticité et de l’excellente robustesse des Master Anamorphiques. Matias nous parle ici de son travail sur le film.

Pourquoi avez-vous décidé de filmer en anamorphique avec l’ALEXA ?

Notre budget étant limité, nous devions faire attention à nos choix pour optimiser au mieux les ressources de la production. J’aime beaucoup l’ALEXA par sa texture et par la manière dont elle reproduit les couleurs. Sa sensibilité était également un facteur important car nous avions beaucoup de séquences de nuit dans la ville et dans les forêts. La fiabilité de l’ALEXA était un autre facteur de taille. Nous avons utilisé la caméra dans de nombreuses configurations. Et encore une fois, à cause de notre budget limité, nous ne disposions pas d’un corps de secours. Mais nous n’avons jamais rencontré de problème. Lorsque vous êtes sur des îles au beau milieu de l’Atlantique, c’est vraiment essentiel de se sentir en sécurité avec le matériel avec lequel vous filmez.

Par rapport à la prise de vues en anamorphique, il s’agissait d’une demande spéciale de Thierry car il voulait un film épique, avec un look cinématographique classique. Nous aimons la façon dont l’anamorphique peut changer notre perception de la réalité, et comme l’a dit Thierry, « l’anamorphique vous donne le sentiment que vous regardez un film » et c’était vraiment important pour lui de raconter cette histoire de la manière la plus cinématographique possible.

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Pourquoi avoir enregistré en ARRIRAW ?

Il est évident que tourner en ProRes aurait été plus économique, mais je savais que la texture de l’ARRIRAW serait plus intéressante pour nous. J’ai expliqué à notre producteur que la flexibilité de l’ARRIRAW rendrait des parties du tournage beaucoup plus simples. Nous étions tous d’accord pour dire que nous économiserions de l’argent en étant rapides et légers sur le plateau. Et dans ce sens, c’était vraiment très pratique de disposer du module XR et d’enregistrer en ARRIRAW directement sur la caméra. Plus la caméra était légère et simple, mieux je me sentais.

J’ai beaucoup travaillé en amont avec mon assistant, François Vigon, pour trouver les accessoires les plus légers et les plus performants. L’ARRI WCU-4 (unité de contrôle sans fil) est un bon exemple, car il est vraiment compact, mais ses performances de connexion sont vraiment excellentes. Il peut contrôler le menu de la caméra et il offre énormément de possibilités très pratiques sur le plateau. Pour une séquence tournée sur une plage, nous avions placé l’ALEXA dans un Splash bag. François était vraiment loin de moi car j’étais dans l’eau et les vagues mettaient en péril le matériel. Malgré la distance, il a pu faire la mise au point tout au long de la journée sans jamais rencontrer de problème. Il pouvait même modifier des paramètres, telle que la cadence d’images, sans avoir à ouvrir le Splash bag.

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Quel était votre workflow ?

À Tenerife, j’ai eu la chance de rencontrer Rafael Rodriguez, un DIT incroyable qui dirige une société qui s’appelle Blackout et qui offre de nombreux services de post-production. Ensemble, nous avons construit une data box avec le système Dual Dock CODEX et nous avons fait le tournage avec seulement quatre disques durs Codex. Il nous a aidés à organiser les rushes en DCP que nous avons pu visionner dans un cinéma local à Santa Cruz. Et il a également travaillé sur le plateau à la préparation des rushes pour le montage. Chaque semaine, nous envoyions son travail, avec les sauvegardes, à notre laboratoire numérique à Paris. Avec Rafael à nos côté, le réalisateur et moi, nous n’avons jamais senti que nous étions loin d’un grand laboratoire. Il nous a vraiment facilité le tournage en ARRIRAW.

Comment évalueriez-vous les performances optiques des Master Anamorphiques ?

Pour moi, les Master Anamorphiques constituent à elles seules une nouvelle catégorie d’optiques anamorphiques, qui allient la qualité et la facilité d’utilisation des optiques sphériques avec les qualités anamorphiques classiques. Elles offrent vraiment un look très moderne. Il ne s’agit pas juste d’une nouvelle série anamorphique. Leurs performances optiques sont excellentes. Elles sont faciles d’utilisation et ne requièrent quasiment pas d’entretien. Elles vous offrent une grande liberté créative.

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De quelles distances focales disposiez-vous ?

Nous avons tourné 90 % du film avec le 35, le 50 et le 75 mm. Les 10 % restant du film ont été tournés avec les anciennes optiques anamorphiques KOWA pour obtenir des flares importants et des images laiteuses pour une séquence de rêve et une scène d’amour. Parfois, j’aime être limité en focales car cela simplifie le langage cinématographique et m’aide à prendre des décisions rapides sur le plateau. La partie la plus difficile a été de trouver une série Master Anamorphique disponible, mais heureusement, j’ai pris contact avec Stijn Van der Veken (ASC, SBC), qui nous a aidé avec sa série d’optiques personnelle et qui m’a également beaucoup conseillé. Je lui suis très reconnaissant.

Les optiques étaient-elles faciles à utiliser sur le plateau ?

Tout le film a été tourné en décor naturel. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons choisi les Master Anamorphiques. Les vingt premières minutes du film se passent dans un foyer pour enfants, un lieu chargé en lignes verticales et horizontales, avec des couloirs et des grandes salles. La distorsion minimale des Master Anamorphiques nous a permis de travailler à l’épaule et de réaliser de nombreux panoramiques dans cet environnement, sans qu’aucune distorsion inquiétante n’apparaisse.

J’aime me servir de la lumière naturelle pour construire mes images, mais si je dois utiliser de l’éclairage, je préfère le placer à l’extérieur et éclairer par les fenêtres. La façon dont les Master Anamorphiques réagissent dans les hautes lumières et les flares qu’ils créent m’aide vraiment à éclairer les intérieurs-jour comme si je travaillais avec des optiques sphériques. Le fait qu’elles soient si contrastées m’a également aidé à préserver et à respecter les choix de couleurs réalisés avec Thierry et le chef décorateur.

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Avez-vous pu tourner des scènes d’action et à l’épaule avec ces optiques ?

Nous avons tourné de nombreuses scènes d’action dans des situations très différentes et environ 60 % du film a été tourné à l’épaule. Le fait que tous les Master Anamorphiques aient le même poids et taille permet de travailler rapidement sur le plateau. Notre dernière séquence était une scène sur la plage, avec des vagues. Nous avons voulu donner le sentiment d’être vraiment au cœur de l’action. Nous avons donc décidé d’être dans l’eau avec les comédiens. Les Master Anamorphiques tenaient facilement dans le Splash bag avec la caméra, ce qui m’a permis de le prendre à la main avec un Easyrig. J’ai couru derrière les acteurs et les images vous donnent réellement la puissance des éléments. Nous tournions en contre-jour avec un contraste très fort et de hautes lumières très puissantes, mais les Master Anamorphiques et les filtres internes de l’ALEXA nous ont aidés à filmer la séquence.

Avez-vous utilisé les objectifs ouverts à T1.9 ?

Avoir la possibilité de travailler à T1.9 était l’une des principales raisons d’utiliser les Master Anamorphiques. Il faut être prudent avec la profondeur de champ, bien sûr, mais les performances de ces optiques à T1.9 m’ont vraiment aidé à tourner les séquences de nuit et d’intérieur avec un minimum de lumière. Lorsque vous avez de grandes ambitions créatives pour un film mais un petit budget, les Master Anamorphiques vous aident à résoudre de nombreux de problèmes. Ce film aurait eu une image complètement différente sans ces optiques et je me réjouis déjà de pouvoir les utiliser sur un autre projet.

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