Avec déjà plusieurs dizaines de films publicitaires à son actif et autant de clips, le directeur de la photographie Nicolas Loir a récemment reçu deux prix lors du festival Camerimage 2013 en Pologne, couronnant son travail d’image pour deux clips vidéo très différents : l’un réalisé par Cyrille de Vignemont pour le chanteur  britannique Ghospoet et l’autre par le duo Fleur & Manu pour le musicien français Gesaffelstein. Retour sur la mise en image de ces deux œuvres tournées en ARRI Alexa.

« COLD WIN est mon 10ème film avec Cyrille de Vignemont » explique Nicolas Loir au sujet du clip de Ghospoet qui lui a valu le prix de la Meilleure Photographie pour un Vidéo Clip à Camerimage.  « Cyrille est aussi photographe, et son travail en clip ou en pub s’appuie beaucoup sur son univers pictural influencé par la lumière, par ses effets, son abstraction…  Sur les trois décors choisis pour le clip Cold Win, on a essayé ensemble d’attribuer à chacun d’entre eux une identité de lumière très simple et très forte ». Le montage alterne un intérieur voiture nocturne mystérieux (pour le discret play-back de l’artiste), des images d’un appartement balayé par des phares de voiture, et un plan roulant sur une route dans un paysage baigné par le soleil.

« En tout premier nous avons tourné les plans de route en extérieur jour. Pour cela nous sommes allés en Islande afin de trouver un décor qui évoque à la fois les grands espaces, et surtout capturer une lumière unique.  Le dispositif de prise de vue était très simple, l’Alexa sanglée sur des cubes sur le fauteuil passager, en filmant simplement à travers le pare-brise. L’avantage de tourner en Islande l’été c’est que le soleil reste très bas très longtemps, et qu’on peut ramener une image très pure et dynamique. Pour cela l’Alexa est vraiment la caméra qui permet d’avoir la plus grande latitude dans les hautes lumières pour être sûr de pouvoir ensuite en étalonnage aller chercher des détails jusque dans les parties les plus claires du ciel, même en ProRes »

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De retour à Paris, l’équipe enchaîne aussitôt avec les deux autres décors. « Cette première session islandaise nous a beaucoup inspiré, et ensuite permis à Cyrille de mettre au point la stratégie visuelle de la voiture et de l’appartement. Dans ce décor, le dispositif était très minimaliste : un kinoflo pour assurer un niveau d’ambiance nocturne, et des vrais phares de voitures asservis sur une barre fixée sur un chariot traveling. La texture et les aberrations créées par les lentilles de vrais phares est très difficile à imiter avec des projecteurs de cinéma habituel. Et c’est sur ce genre de détail, de matière que Cyrille aime travailler »

Le play-back dans la voiture est aussi filmé sans concession. Une majorité de plans de trois quarts dos, sans grande exposition de l’artiste. «Ghostpoet a entièrement fait confiance à Cyrille sur la manière de filmer ce play-back. Le résultat est bien plus mystérieux. On était en extérieur nuit dans un endroit calme du bois de Vincennes, et la lumière venait de Bag o Lite suspendus au-dessus de la voiture pour avoir des réflexions pures. Il y a ensuite un  gros travail en post-production de la part de One More pour rajouter les gouttes d’eau qui s’animent dans tous ces plans »

Des optiques macro ont été utilisées pour les plans de ces mêmes gouttes d’eau : « Cyrille aime beaucoup la macro et l’utilise souvent dans son travail de photographe. En utilisant une série Arri Macro et en mettant au point un traitement hydrophobe sur le papier, on a réussi à  faire un maximum de choses à la prise de vue, notamment tous les plans ou les gouttes roulent sur le papier  pour former ces signes Hobo »

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Le clip PURSUIT pour le DJ et compositeur français Gesaffelstein a gagné le pris du Meilleur Clip Vidéo à Camerimage. « Fleur et Manu est un binôme de réalisateurs qui travaillent souvent sur la symbolique, et l’ésotérisme » explique Nicolas Loir « ce qui est intéressant avec le clip de PURSUIT, c’est que chacun peut avoir sa propre lecture des images et du film. Certains y verront une vision du pouvoir et de la chute, d’autres, un portrait assez noir de la vie… »

Au centre de la narration, un mouvement arrière hypnotique qui révèle des décors, des personnes et des objets. « L’idée de ce mouvement arrière, c’était de travailler sur le hors champ qui s’apprête à rentrer dans le champ, » explique Loir. « C’est une sorte d’allégorie du futur et de la vie, où on ne sait jamais ce qui va se passer par la suite. Comme pour la plupart des clips désormais, on travaille dans une économie de moyen assez restreinte au tournage, et sur un mode « laboratoire d’idée » et débrouille avec la post-prod. Ici pas de Technocrane ou de machinerie sophistiquée ! Tout a été fait avec un simple traveling. Il faut souligner l’énorme boulot de Mathematic Studios et Machine Molle qui se sont occupé de la  stabilisation, du compositing ainsi qu’un gros boulot d’effaçage de rails. »

Parmi les plans les plus impressionnants, un long mouvement arrière partant d’un modèle nu sur fond blanc qui révèle peu à peu un gigantesque hall tout en passant à travers l’intérieur d’une voiture pour révéler un avion suspendu. Loir raconte « Pour ce plan, on a installé 90M de rails dans le décor de la Halle Freyssinet. Après une première passe sur la jeune fille devant son fond blanc, jusqu’au fond du hangar on a ensuite fait une passe avec la voiture sur fond vert, et raccordé l’ensemble en effaçant les rails » l’avion intégré dans le plan, quant à lui est entièrement en synthèse.

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Le clip baigne dans une image froide et clinique, marquée par un contraste et une définition inéluctable. « Nous avons choisi une palette de couleurs très restreinte avec une image extrêmement piquée, quelque chose de dur qui souligne la musique techno et l’univers sombre de Gessafelstein. Pour cela, j’ai équipé l’Alexa d’un l’objectif 25mm Master Prime utilisé à  T 4 ½ pour que le suivi de point sur tous ces mouvements ne soit pas un cauchemar pour mes assistants. Le piqué des Master Prime étant aussi plus fort à ce diaph ! En post-production, on a avec Muriel Archambaud mon étalonneuse rajouté du contour sur les images Prores pour parachever l’effet »

Un décor de château du 18e marque aussi le début du clip, en rupture avec la modernité industrielle de la suite. « La séquence de l’adoubement a été tournée au château de Fontainebleau. La, difficile d’installer quoi que ce soit. Le mouvement arrière s’est effectué directement au sol sur Dolly avec tête stabilisée, et la sensibilité de l’Alexa nous a permis de tourner en lumière disponible, en plaçant uniquement une Led cachée dans le gant du comédien. Tout comme le plan qui clôt le clip, où seules les lumières de services de la halle Freyssinet sont allumées, la post-production ayant effacé toute trace de couleur gênante, notamment les panneaux lumineux de sortie de secours. Tourner avec une caméra capable d’aller loin en basse lumière c’est devenu pour moi très important, même si c’est parfois difficile au point ! »

«Je suis heureux que l’ASC, se soit associé à Camerimage pour organiser une projection des films primés à Los Angeles en Janvier dernier» conclue Nicolas Loir « Je suis très honoré d’avoir reçu ces deux distinctions coup sur coup dans le festival international consacré à l’image » .

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